Publié le 29 octobre 2020

À défaut de ressources, on médicamente mon fils

C'est pourquoi Compagnons de Montréal fait tout son possible pour poursuivre ses activités auprès de cette clientèle. Comment des organismes communautaires arrivent-ils à offrir des activités stimulantes en toute sécurité alors que le réseau de la santé, avec ses immenses ressources, n'y arrive pas? Tout simplement parce qu'ils font du ménage dans leur liste d'attente. C'est la triste réalité. Le ministère nourrit sa machine plutôt que de répondre aux besoins des usagers.

 
 
Témoignage (article de La Presse +)
 
Source : https://plus.lapresse.ca/screens/0e350764-d785-4ed5-bba0-776f17e207ff__7C___0.html?utm_content=email&utm_source=lpp&utm_medium=Email&utm_campaign=internal%2Bshare

 

À défaut de ressources, on médicamente mon fils

Danielle Gaudet Mère de Yanick et de Marie-Josée, vivant tous les deux avec une déficience intellectuelle

Cette semaine, j’ai dû choisir entre augmenter la médication de mon fils ou le déplacer vers une autre résidence. Je suis écœurée et ça me déchire le cœur d’avoir à faire ce choix.

 

Oui, mon fils a eu une crise de comportement dimanche dernier, mais une seule crise. Je trouve que les conséquences sont graves pour juste une seule crise.

Yanick est né avec une déficience intellectuelle moyenne. Ç’a toujours été difficile, mais il a beaucoup évolué depuis toutes ces années. Il a maintenant 46 ans et il habite dans la même ressource intermédiaire depuis 12 ans. Il s’y sent bien, il connaît du monde. Je n’ai pas le cœur de lui faire changer toutes ses habitudes et de le désorganiser. Ce serait pire. Est-ce la seule solution possible, le médicamenter et le faire devenir un légume ?

À cause de sa déficience intellectuelle, Yanick ne s’exprime pas comme les autres. Il ne peut communiquer ses souffrances avec des mots simples. Si seulement une évaluation adéquate était faite.

Son nouveau médecin, qui ne l’a vu qu’une fois, pourrait se rendre compte de ce qui ne va pas : Yanick réclame de retourner à son travail tout le temps. Il l’a perdu quand la première vague de la pandémie est arrivée.

Je ne suis pas sûre de savoir si c’est ça qui a provoqué cette crise de comportement. Ce dont je suis sûre, c’est que mon fils aimait ce qu’il faisait à l’atelier géré par le CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal et que ces longs mois de solitude sans activité ne lui ont pas fait de bien, comme toutes les personnes dont le confinement prolongé a été obligatoire. Il était occupé toute la semaine et maintenant, il n’a droit qu’à deux demi-journées par semaine d’activités à La Gang à Rambrou, un organisme communautaire qui offre des activités aux personnes qui ont un handicap.

Je me fiche qu’on me dise que son travail à l’atelier, ce n’est pas un vrai travail. Pour lui, c’est valorisant, c’est ce qu’il aime faire, il est content. Mais, apparemment, il ne « cote » pas assez pour retourner travailler, d’après « la grille ». J’ai demandé à voir cette grille et cette évaluation, mais on me répond que ce sont juste des observations verbales, que les gens qui retournent faire des activités sont ceux qui posent problème, question de les « calmer ». Mon fils n’a posé problème qu’une fois, une seule crise. Or, cette crise lui vaut de « coter » suffisamment pour se retrouver médicamenté ou expulsé de sa ressource, selon la direction de la ressource où il vit, mais il n’a pas posé suffisamment problème pour reprendre son travail et ses activités, selon les critères du CIUSSS.

Je suis très en colère contre ce système qui décide d’augmenter la médication de Yanick plutôt que de répondre à son besoin de base, qui est de retrouver son travail à l’atelier. Le bien-être de mon fils n’est absolument pas pris en compte. Il est abandonné par un système qui a pris une décision arbitraire.

Où est-elle, cette autodétermination pour les personnes qui ont un handicap dont on nous dit tant de bien ? Quel intervenant est à son écoute ?

Le CIUSSS a pris le prétexte de la pandémie pour faire un tri. Il a donné la priorité aux personnes vivant dans leurs familles et sur les listes d’attente. Et mon fils, alors ? Parce qu’il est hébergé dans une résidence, il n’a que le droit de regarder les murs ? En plus, passé 45 ans, Yanick n’est plus prioritaire ; il est trop âgé pour avoir des activités. On le met au rebut, il doit prendre sa retraite. Et il va donc la prendre en devenant un légume sous médicaments toute la journée.

Pourquoi ? Pour qu’il se tienne tranquille et qu’il ne puisse plus exprimer ce qu’il souhaite le plus : aller au travail. Pendant ce temps, sa sœur Marie-Josée, qui vit chez moi et qui a aussi une déficience intellectuelle, peut reprendre ses activités cinq jours par semaine à La Gang à Rambrou. Dois-je donc mentir à mon fils quand il m’appelle et que je suis partie déposer sa sœur pendant que lui reste enfermé dans sa résidence ?

Je sais que beaucoup de parents ont peur de se plaindre. Moi, je n’ai pas peur. J’ai déposé une plainte au commissaire aux plaintes, mais je sais que c’est une instance du CIUSSS. Je connais la réponse d’avance, je n’ai pas confiance. Après ça, je pourrais contacter le protecteur du citoyen. Je ne souhaite qu’une chose, que mon fils obtienne ce qu’il souhaite tant : retourner au travail à l’atelier. Pour les médicaments, idéalement, je ne voudrais pas d’une augmentation, mais je ne veux pas qu’on le change de résidence. À cause de la crise de Yanick, la résidence a peur de perdre son employé de fin de semaine et tout le monde sait que les personnes qui travaillent dans ce type d’établissement sont très peu payées et ne sont pas formées. Alors, je préfère choisir la médication plutôt que la porte…

Le confinement systémique est aussi dommageable que la discrimination systémique.

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